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Creascopie
Très réactive Pologne
 
   

En dépit d'un certain tassement, la Pologne continue d'enregistrer un taux de croissance élevé, l'inflation poursuit sa décélération, et le pays reste activement candidat à une adhésion à l'Union européenne. Pourtant, l'investisseur s'interroge : s'agit-il là d'une réelle opportunité d'implantation ou d'une destination-export illusoire ?

"La Pologne séduit par sa localisation stratégique et son marché de quarante millions de consommateurs. L'emplacement du pays se trouve au point de rencontre entre l'Orient (Ukraine, Russie, Biélorussie) et l'Occident. Nous sommes aussi un pont vers l'Est avec qui le pays a l'habitude de commercer. Enfin, nous avons une bonne connaissance de ses habitudes, de ses mentalités".
On l'aura compris : ce pays a bien des atouts, comme le souligne Artur Borzeda, consultant international, spécialiste auprès du Courrier des Pays de l'Est et conseiller au service du Premier ministre Lionel Jospin.
Un point noir vient néanmoins assombrir le tableau : le réseau autoroutier, encore nettement insuffisant alors que trop peu de routes nationales desservent le pays. De ce côté, peu de progrès ont été consentis ces dix dernières années, une dizaine de kilomètres d'autoroute seulement ayant été aménagée depuis l'effondrement du régime communiste.
S'implanter sur place ? La clef du succès dépend de la culture d'entreprise. De ce côté, la France, elle, a évolué : les efforts consentis sont tels que l'hexagone occupe aujourd'hui la place du premier investisseur étranger dans le pays.
Un tableau qui doit cependant être nuancé : la performance est le fait d'une dizaine de grands groupes industriels tricolores. "La technique française est diamétralement opposée à la tactique allemande qui consiste à cribler le territoire de PME/PMI", explique le spécialiste économique polonais du Courrier des Pays de l'Est.
"Néanmoins", poursuit Artur Borzeda, "les Français éprouvent encore quelques difficultés à comprendre comment ça fonctionne, et en particulier le fait que le business local nécessite un officier d'interface. Des erreurs ont été commises par le passé. Elles ont mis en exergue le besoin d'adaptabilité par rapport au pays et ses susceptibilités. Même si on peut signaler en sourdine la corruption et des circuits décisionnels différents de ce qu'on trouve dans l'hexagone".
Oublier le cartésianisme français, déléguer et motiver
L'avenir va passer par davantage de libéralisation, notamment grâce à l'ouverture sur l'Union européenne. "Certains obstacles subsistent, comme dans le secteur agro-alimentaire (à cause des quotas). Le but reste quand même de parvenir fin 2002 à la même jurisprudence que dans les pays de l'UE", précise Atur Borneza
"Depuis un an, nous assistons à un ralentissement économique. Certains parlent même de crise, c'est exagéré. Nous avons connu ces dernières années une croissance de 8 à 9% l'an. Actuellement, notre taux de croissance est de 4% : nous n'avons rien à envier à la France !".
Autre point de discorde en phase d'être résolu : le rachat des terres (arables et non-arables) par les entrepreneurs étrangers. Ce problème devrait trouver cette année une issue qui débouchera vers plus de possibilités et de facilités. Au bout du compte, les entrepreneurs européens devraient bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre.
Enfin, le pays est doté d'une main d'œuvre jeune, qualifiée et compétente : si vous réussissez à constituer une équipe de deux ou trois personnes performantes, il va impérativement falloir la fidéliser. "Les Polonais apprécient tout autant les formations et les stages de perfectionnement que les promesses financières", insiste le consultant.
La production industrielle et l'investissement ont respectivement affiché cette année des indices de 7,1 et 3,7 par rapport à l'année précédante alors que le chômage et le taux d'inflation caracolent à 15% et à 8,5%.
Les entrepreneurs étrangers se frottent les mains : le solde commercial négatif de 17,3 milliards de dollars (presque autant d'euros) se traduit par une forte demande de produits extérieurs, alors que la dette extérieure brute a franchi la barre des 40 milliards de dollars. Pour limiter les dégâts, les pouvoirs locaux mettent en place des allégements fiscaux.
Pour attaquer le marché polonais, la meilleure approche consiste "à ne pas avoir d'a priori", affirment les connaisseurs, en soulignant que les entreprises de petites tailles ont tout intérêt à intégrer ce pays dans leur stratégie avant que l'ouverture à l'Europe n'accroisse sur place la concurrence. .
Nicolas JACQUIN / Global Photo
Lundi 17 septembre 2000
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