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Avis d'expert
Le business des anges
 
   


Ils ont fait leur apparition en France dans la deuxième moitié des années 1990. Forts de leurs capacités d'investissement, ils entendent placer les entreprises innovantes dans les starting-blocks, afin d'en tirer les bénéfices. Qui sont-ils ? Les business angels.

C'est depuis la dernière révolution industrielle que l'on connaît ces vieux routiers de l'économie. Assurant les premières phases de l'évolution d'entreprises embryonnaires, les business angels apportent argent et conseils. Les entrepreneurs juniors qu'ils secourent dans les eaux déchaînées du financement se distinguent par certaines caractéristiques : ils sont jeunes, sans argent et sans expérience.
La philosophie des business angels se résume en un mot : investir. Pour cela, ils misent sur une équipe. "Avec elle, on perdra tout ou on gagnera beaucoup. Mais on stagnera rarement", affirment François Dubrule et Fabrice Henry, d'Angel Invest.
Ces anges des affaires investissent, ils ne prêtent pas : des établissements bancaires sont là pour ça. Les business angels appliquent à l'équipe qu'ils ont décidé de soutenir les mêmes préceptes que ceux qu'on leur a inculqué dans leur carrière. L'axiome est toujours le même : "faire confiance et donner de l'argent".
Pour autant, l'objectif de leur investissement n'a rien d'angélique : il s'agit, avant tout, de faire de l'entreprise une cible aux yeux des concurrents. La partie est gagnée lorsque l'entreprise est rachetée. Car, en général, les business angels lâchent leur protégée au moment de son introduction en bourse, où elle est censée dégager des plus-values.
La stagnation est interdite
La stagnation est interdite : quand l'entreprise végète, elle n'est l'objet d'aucune sollicitation. "Elle est alors à nos yeux proche du dépôt de bilan". Le jeune entrepreneur doit dès le départ chercher à s'emparer de parts de marché dans les plus brefs délais : son salut en dépend.
On remarque deux types de business angels : celui qui s'implique directement et celui qui le fait indirectement.
Le premier a revendu ses affaires et pris ses distances par rapport au business, consacrant son temps aux tâches de net-working (mise en place de réseaux). Il conseille, tout en partageant ses astuces et ses connaissances en marketing. "C'est un programme à plein temps", résument François Dubrule et Fabrice Henry. Véhiculant une image vivante du soutien aux entreprises innovantes, ces business angels - surtout en vogue à la fin des années 1990 - sont devenus rares.
La seconde catégorie est plus moderne. Elle confie son argent à un fonds qui se charge de valoriser l'investissement. La base capitalistique de ces fonds est comprise entre 5 et 20 millions d'euros. Tributaires d'emplois du temps très serrés, les actionnaires consacrent soirées et week-ends aux entretiens téléphoniques avec les jeunes patrons.
Nouvel angélisme
Les investisseurs privés qui veulent donner une allure plus formelle à leur collaboration décident généralement de rejoindre un fonds d'investissement de business angels. Ces regroupements souscrivent un mandat de gestion, en vue de rémunérer un intermédiaire au sein des entreprises.
Cet intermédiaire s'occupera d'organiser la recherche de dossiers en rapport avec les activités des start-up soutenues. Il se verra aussi confier la responsabilité d'investir dans l'entreprise au nom et avec l'argent du fonds.
En outre, il aura à charge de gérer l'emploi du temps de la jeune entité économique, en organisant les comités ou en établissant les contacts… Chez Angel Invest, 100 investisseurs interviennent dans les start-up de cette manière. Parmi eux, 30% sont "actifs" : ils placent leurs propres économies dans ces petites boîtes ambitieuses et innovantes, en plus des sommes déjà injectées par leur fonds.
Actuellement , on assiste à un mouvement, pudiquement appelé "back to basis". Dans ce "retour aux sources", les business angels prennent du recul par rapport à Internet et aux nouvelles technologies. Outre le marasme boursier, cela s'explique par des montants à investir plus faibles qu'auparavant et par la présence de fonds d'investissements déjà proches de ce marché.
Le regain d'enthousiasme se tourne désormais vers les sociétés non-Internet. "Beaucoup de business angels on-line se sont reconvertis en business angels off-line". Les entreprises off-line ont besoin de coups de pouce salutaires, d'autant que leurs dirigeants sont plutôt âgés.
Déboussolés, ce sont ces entrepreneurs, qui avaient 40 ans en moyenne dans les années 1990, qui trinquent avec l'émergence des nouveaux marchés. Leur secteur de prédilection concerne les entreprises industrielles, immobilières, de services classiques aux entreprises...
Aujourd'hui, trois traits de caractère sont communs à la plupart des investisseurs. La première qualité est l'écoute : il faut être attentif à son entourage et à ce qui se passe autour de soi de manière à bénéficier des expériences de chacun. Cela permet de repérer les équipes montantes et celles qui enchaînent les mauvaises performances. Deuxième qualité : la curiosité. Elle ouvre la porte des bons plans financiers, délaye le paysage foisonnant des bons plans en puissance et met en perspective la "nouvelle pépite".
Dernier trait de caractère : la prudence. Héritée de revers économiques cinglants, elle tend vers une prise de risques minimale. Celle-ci aboutit généralement à la mutualisation des opérations des business angels. Mais aussi à une frilosité parfois excessive. Car, par définition, il n'existe pas d'investissement sans prise de risque. Une définition qu'ont trop souvent tendance à oublier, en ces temps de marasme boursier, ceux qui voudraient se faire passer pour des anges.
Nicolas JACQUIN
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Vous souhaitez faire appel à des Business Angels ? Préalable indispensable : avoir élaboré un Business Plan solide. Ce dossier personnel sur trois ans permet en effet aux investisseurs potentiels d'évaluer la pérennité du projet professionnel au-delà des deux premiers exercices. Patrick Berger, expert-comptable du Cabinet ABC, à Dijon, rappelle brièvement les points à ne pas oublier dans l'élaboration de ce tableau de bord incontournable.

La première année, le business plan est très détaillé, mois par mois, en tenant compte, s'il s'agit d'une activité commerciale, de la saisonnalité. C'est un peu comme le tableau de bord d'une voiture avec GPS. Le créateur doit corriger le tir très vite, si les financiers s'inquiètent d'un point précis. On doit pouvoir apprécier les variations des charges ou du chiffre d'affaires. On doit aussi cerner avec précision les besoins de trésorerie mois par mois.

La deuxième année, on va plutôt faire une projection. On se donne un taux de croissance en fonction de l'analyse des taux de croissance du marché. Ce Business Plan va permettre au créateur d'entreprise de vérifier si la réalité est conforme à ses prévisions. Il va tenter de convaincre des banquiers pour un éventuel complément de capitaux mais il est nécessaire de les faire adhérer au projet.

Un Business Plan doit être réaliste, pas euphorique. On doit toujours prendre l'hypothèse la moins optimiste car il vaut mieux qu'il y ait une progression plutôt qu'une stagnation d'activité. Attention : les business-angel ont de l'expérience. Ils connaissent les activités, et savent ce que cela donne !

Après la troisième année, l'entreprise a atteint son rythme de croisière. On fait des budgets d'une année sur l'autre. Cela devient quasiment la routine, c'est de la prévision budgétaire. Les projets sont devenus moins risqués car les données sont objectives.

Propos recueillis par Odile DECHEN

Les outils du créateur : Business Plan gratuit

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